mardi 5 mars 2019

46 . Et re-plouf !


Ce doux bruit qui signale l'entrée plus ou moins volontaire d'un corps humain dans une importante masse aqueuse fait désormais la joie de mes oreilles tous les lundis, avec ou sans soleil ! Et c'est grâce à la fédération handisport de natation que ma remise à l'eau a pu de faire dans des conditions idéales. Certes, dans l'absolue, rien ne m'empêchait d'aller faire trempette dans n'importe quel étendu d'eau suffisamment grande pour y immerger entièrement mon immense et incomplète  carcasse. Mais franchement, aller exhiber le mètre soixante de cicatrices taguées sur mon mètre quatre-vingt-dix d’origine au milieu des petits baigneurs parisiens : je n'ai pas osé me mouiller sur ce coup là.
Et dans la mesure ou ma bouche n'est pas complètement étanche, c'est pas mal de nager dans sa petite ligne d'eau réservé sans avoir à surveiller d’éventuels bombardements de morveux, ou le déboulement inopiné d'un papillonneur pressé. Je vous épargne le couplet sur les regards insistants et pas forcément chargé d’intelligence : on n’a pas que ça faire et ça ne concerne que des gens dont il est inutile d’évoquer l’existence ici !
Bon, soyons honnête aussi, nager au milieu de gens qui semblent plus "lourdement" handicapé que soi peut également comporter certains "désagréments" très particuliers aussi, au début. Par exemple, se faire doubler par un mec à qui il manque une jambe, ou  se rendre compte qu'on nage moins droit qu'une non voyante : c'est surtout pour l'ego que ça peut être compliqué sur les premières séances ! Mais heureusement, l'excellente ambiance, la très bonne humeur et l'entraide  des membres du club ont vite fait de noyer les rares appréhensions qu'il me restait avant de replonger  dans une drogue beaucoup moins douce qu’il n’y parait : l’eau chlorée. Et pour boucler le quart d’heure d’honnêteté, je reconnais que j’en ai  quand même bu quelques tasses !! C’est de plus en plus rare, mais ça risque encore de m’arriver régulièrement tant que je n’aurai pas trouvé un moyen de fermer ma gueule un peu plus efficacement. Pas de la boucler au sens de me taire à nouveau, ça j'ai déjà bien donné ! Non, il s'agit  juste  de bien la refermer au bon moment  pour éviter qu’il n’y rentre des choses qui n’y ont pas été invité . . . Je précise, parce qu’en matière de silence radio, j’ai encore fait des merveilles en 2018, sans publier une miette de post sur ce foutu blog, soit une grosse quinzaine de mois de looooz communicative absolue.  Bon OK, j’avais l’excuse de la reprise du boulot, et des incontournables activités sociales parisiennes (ça fait tellement plus chic que de détailler : boire des bière en terrasse avec des potos ! )
Mais c’est quand même pas une  raison valable pour ne plus donner de nouvelles, surtout maintenant qu'elles sont globalement excellentes !! Alors je promets de ne pas me contenter de ce seul message pour 2019, parce qu’il va y avoir pas mal de chose à raconter, en commençant par la diffusion du documentaire « la disgrâce » ( Scars en anglais) qui ne devrait plus tarder !? Ce fut bien long depuis le tournage en 2017 mais c'est surtout parce qu'il a fait après un très beau parcours sur les festivals de documentaire : IDFA 2018 à Amsterdam, Fipadoc 2019 à Biarritz et bientôt DOK.fest 2019 à Munich  . . .

jeudi 2 novembre 2017

45 . Le plus gros bilan orthophonique de tous les temps ?!

Salle d'attente de Frédéric Martin, lundi 30 octobre, deux patients adultes échangent quelques mots en attendant l'heure de leur RDV :
- Je suis un peu inquiet, on doit faire un bilan aujourd'hui . . .
- On vous comprend bien aujourd'hui, ça devrait bien se passer !
- Merci, vous aussi, alors ça ne doit plus vous faire bien peur les bilans ?!
- Un peu quand même, les miens sont de plus en plus impressionnants . . .
- Ah bon ? Pourtant Frédéric est vraiment très sympatique ?!
- Oh oui, c'était le reste du jury qui m'a un peu déboussolé la dernière fois . . .
- Ah ? Y a tout un jury pour vous ? Mais combien de personnes y avait-t-il ?
- Un peu plus de 800 je crois . . .
Le plus vieux des deux messieurs dévisage son interlocuteur très surpris et se risque à demander :
- Mais combien d'entre eux étaient vraiment orthophonistes ?
- Tous, c’était même leur congrès national !
Sur le visage du doyen la surprise laisse place à une franche inquiétude, mais il ose tout de même une dernière question
- Et ça s'est bien passé ?
- Apparemment oui, j'ai eu droit à la mention "standing ovation" !

Ouvrir sa gueule, s'exprimer haut et fort (grâce au micro), dire ce qu'on à dire, porter une parole originale, incarner et assumer ce qu'on dit, avant, après, pendant même, et surtout dans mon cas, pour compléter ce qui ne s'entend pas - pour clarifier ce qu'on ne comprend toujours pas au milieu de mes éclats de voix. Je n’étais pas sûr d'en avoir encore le courage, surtout  devant un amphi bondé de professionnels du langage et de l’intelligibilité. . .
Bon, ben ça c'est fait et ça s'est plutôt bien passé, un peu comme la séance photo chez Harcourt ou l'interview télé qui allait avec. Je reprends pour ceux qui n'auraient pas suivi ça, et donc pas compris d'où sortait le somptueux portrait noir et blanc du poste précédent.
J'ai donc eu l'honneur et le plaisir d'être interviewé comme 5 autres "témoins" pour un documentaire télé à paraître dans l’émission Infra Rouge sur France 2 prochainement. Le thème c'est les gueules cassées, les visages abîmés, les tronches très atypiques et la mise en scène de ces entretient est redoutablement efficace. Ils ont lieu au cours de la préparation et des différentes étapes d'un shooting portrait "à l'ancienne" dans le magnifique hôtel particulier qui abrite les prestigieux Studios Harcourt, quelque part en bordure du seizième arrondissement.
Je crois que si on m’avait demandé  mon pire cauchemar quelques jours avant ce moment très étrange, j'aurais sans aucun doute répondu :
- "Etre filmé pendant que je parle ?!"
On y a passé plus de cinq heures si on met toutes les séances bout à bout ! J'ai même fait mon premier caprice de Diva : j'ai demandé à être sous-titré pour la diffusion télé. Je ferai beaucoup moins le malin le jour où ça va passer pour de bon avec des gros plan sur mon désastre faciale ou quand de parfaits inconnus viendront me dire ce qu'ils en ont pensé dans le métro, dans la rue.
Incarner et assumer, je l'ai déjà écrit plus haut, mais je me le remets là pour me le rappeler, quand ce sera un peu moins facile . . .
Voilà passés deux sacrées rounds de l'étrange combat plus ou moins "paisible" et quotidien que j'ai tenté d'expliquer cet été au retour de Montpellier. Deux belles victoires sur moi-même et sur cette saleté de maladie qui m'a bouffé de l’intérieur et éloigné de ma propre vie pendant plusieurs années.
Revenir vivre à Paris et retravailler à la Villette c'est finalement beaucoup plus qu'une "simple" victoire ou une étape décisive : c'est un changement de catégorie, un surclassement, ou l'arrivé dans le haut du tableau de la première division des combattants de l'improbable.
Ce n'est donc qu'un début pour ce genre de défis presque débiles qui me permettent quand même de positiver un peu les sept pires années de ma vie, et de partager ce qu'il peut y avoir à retenir d'une pareille expérience avec tous ceux que ça peut  aider, ceux que ça peut intéresser, et tous ceux que ça fait juste marrer de me voir me coller dans ce genre de situations totalement délirantes . . .


Frédéric Martin au 1er Plan, micro en main, en star de la journée
Jean Marc Kremer au second plan, la force tranquille,
Saverina et moi même au fond, près du radiateur . . .


Jean Marc Kremer, le "héros" du jour !



Le Palais de la musique et des congrès à Strasbourg,
et la foule, pas encore en délire, mais ça ne saurait tarder . . .


jeudi 31 août 2017

44 . Au bonheur des combattants !


Retour sur quelques jours absolument fabuleux dans l'arrière-pays montpelliérain, en compagnie d'une tribu de combattants particulièrement paisibles. Si si, ça existe, des combattants paisibles : des gens très combatifs dans la vie, toujours prêt à défendre leurs idées et leurs choix de vie mais pas violent du tout, juste réactifs, créatifs et capable de s'adapter à tout ce qui pourrait bousculer un peu leur quotidien sans jamais renoncer à leurs valeurs ou à leurs engagements. Et ça fait un bien fou de se sentir entouré de gens aussi passionnants et passionnés, aussi ouverts et curieux, aussi généreux et confiant ! J'ai souvent eu l'impression que ce genre de doux-dingues se faisait de plus en plus rare ces derniers temps, que la majorité des amis qui ressemblaient à ça a 30 ans en sont bien loin à 40, happé par un système hyper normalisant, surtout quand on devient parent, formaté par la culture télé+pub, ou à l'inverse, entré dans une résistance de groupuscules qui n'ont pratiquement plus de rapport avec les réalités du 21ème siècle. . .
La très joyeuse tribu qui m'a chaleureusement accueilli pour une toute petite semaine dans la garrigue languedocienne est parfaitement en phase avec le monde ou elle évolue : pas naïve sur le fonctionnement du monde et sa lamentable évolution, ce petit clan d'irréductibles optimistes essai quand même d'en tirer le meilleur sans jamais lâcher la moindre concession aux valeurs humaines qui les rassemblent.
Toujours prêt à s'adapter au pire, ils n'en sont que plus efficaces pour partager le meilleur avec leurs semblables et optimiser tout ce qui passe à portée de leurs projets. C'est une force rare dans un pays ou on se plaint de tout et tout le temps, à une période où les grands médias se sont fait une spécialité de transformer les inquiétudes politiques des puissants en terreurs planétaire permanente. Et lorsque ces mêmes médias minimisent de vrais désastres écologiques pour garantir les profits de
ceux qui les ont corrompu, mes paisibles combattants veillent sagement sur le patrimoine naturel qui les entoure, à leur échelle, avec leur moyens et leur générosité, en communiquant autour d'eux toutes les réalités qu'ils savent étouffés par des intérêts véreux. C'est un combat de tous les instants et qui a malheureusement un bel avenir, mais qui ne leur fait manifestement pas peur !

- "Non mais il va finir par nous raconter ses vacances à Palavas-les-flots le grand chevelu ?! Le soleil du sud lui à un peu trop tapé sur la tête, il avait plus l'habitude le Lorrain !"

J'en suis pas encore là, et on a soigneusement évité Palavas coté playa, en lui préférant Carnon et ses Travers, qu'ils soient petits ou grands, car ils allaient toujours dans le même sens que nous . . .
Non, je suis simplement sur le point de tenir l'une de mes plus improbables promesses, vielle de plusieurs années et faite sur ce même blog, dans l'un de mes pires moment de traitement. Un sourire ! Parce que oui, il m'a fallu plusieurs années et un parcours humain totalement délirant pour vous poster imminament une photo de ma tronche, avec ce que j'ai l'arrogance d'appeler un sourire. Pas plus informatif que celui de la Joconde, aussi peu dentelé que celui de Popeye et encore plus étrange que celui du Joker : c'est pourtant le mieux que je puisse faire pour laisser échapper à l'extérieur des sentiments joyeux, une humeur facétieuse ou le plus polie des foutages de gueule.

Ce drôle de sourire est sans doute la plus belle et la seule médaille que je porterai de toute ma vie : celle d'une grande victoire dans un combat quotidien dont je ne pourrai jamais vraiment raccrocher les gants, mais que je peux désormais continuer à mener  paisiblement !




Merci aux deux Didier et au Studio H pour cette jolie photo !